La venlafaxine est un antidépresseur de la famille des IRSNa (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline). Elle est prescrite dans l’épisode dépressif majeur (sur ce sujet, voir aussi notre article sur la durée du sevrage cannabique et de la dépression associée), le trouble anxieux généralisé, l’anxiété sociale et le trouble panique, le plus souvent sous forme de gélule LP à libération prolongée. Comme tout médicament actif sur le cerveau, elle provoque des effets indésirables, surtout au début. La plupart sont gênants mais passagers, quelques-uns demandent en revanche une consultation rapide.
Réponse express : ce qui est banal, ce qui doit alerter
Nausées, maux de tête, sueurs, bouche sèche, vertiges, somnolence ou insomnie sont très courants dans les deux premières semaines et s’estompent souvent d’eux-mêmes. À l’inverse, des idées suicidaires, une fièvre avec agitation et tremblements, une tension très élevée, des convulsions ou des saignements anormaux justifient un appel au 15 ou une consultation immédiate. Dans tous les cas, on n’arrête jamais le traitement brutalement.
Quels sont les effets secondaires les plus fréquents de la venlafaxine ?
Les notices (Vidal, base publique des médicaments) classent les effets indésirables selon leur fréquence. Chez environ une personne sur dix ou plus, on retrouve les nausées, la sécheresse de la bouche, les maux de tête, les sueurs (y compris nocturnes), les vertiges, la somnolence, l’insomnie et la constipation. Ces manifestations sont liées à l’action de la molécule sur la sérotonine et la noradrénaline, et elles sont plus marquées quand la dose augmente.
Effets digestifs et neurologiques en début de traitement
Les nausées arrivent souvent dès les premiers jours, parfois accompagnées d’une baisse d’appétit. Prendre la gélule LP au cours d’un repas, avec un grand verre d’eau, réduit nettement ce désagrément. Les maux de tête, les vertiges et une sensation de tête légère se dissipent en général en une à deux semaines, le temps que l’organisme s’habitue (en attendant, des méthodes pour soulager un mal de tête sans médicament peuvent aider).
Le sommeil est un point à surveiller : certains patients souffrent d’insomnie et d’agitation, d’autres de somnolence, et quelques-uns alternent les deux. Les sueurs abondantes, surtout la nuit, peuvent persister plus longtemps et pèsent sur le quotidien. Si elles deviennent invalidantes, mieux vaut en parler au médecin plutôt que de subir.
Effets plus tardifs ou durables
Avec le temps, d’autres effets peuvent s’installer. Les troubles sexuels (baisse de la libido, difficultés d’érection, retard ou absence d’orgasme ou d’éjaculation) touchent une part non négligeable des patients et conduisent parfois à abandonner le traitement en silence. Il existe des solutions : ajustement de dose, changement de molécule ou stratégie associée, mais encore faut-il en parler. Une prise ou une perte de poids, des palpitations, une vision floue, des tremblements ou des bâillements répétés sont aussi décrits.
| Fréquence | Exemples d’effets indésirables | Que faire |
|---|---|---|
| Très fréquents | Nausées, sueurs, bouche sèche, maux de tête, vertiges, somnolence, insomnie, constipation | Patienter 1 à 2 semaines, adapter les prises, en parler si cela dure |
| Fréquents | Troubles sexuels, hausse de la tension, palpitations, tremblements, vision floue, variation de poids | Signaler au médecin, contrôler la tension |
| Rares mais graves | Syndrome sérotoninergique, convulsions, hyponatrémie, glaucome aigu, saignements, idées suicidaires | Consultation urgente ou appel du 15 |
Effets indésirables graves : quand consulter en urgence ?
Les complications sérieuses sont rares, mais elles se reconnaissent. Le syndrome sérotoninergique associe agitation, fièvre, sueurs profuses, tremblements, secousses musculaires, diarrhée et parfois confusion. Il survient surtout lors d’une association avec un autre médicament sérotoninergique (autre antidépresseur, triptan, tramadol, millepertuis) ou après une augmentation de dose. C’est une urgence médicale.
Les idées suicidaires méritent une vigilance particulière, notamment chez les enfants, les adolescents et les adultes de moins de 25 ans, dans les premières semaines ou lors d’un changement de dose. Un proche qui remarque une aggravation de l’humeur, une anxiété soudaine ou des propos inquiétants doit alerter le médecin sans attendre. En cas de danger immédiat, le 15 ou le 3114 (numéro national de prévention du suicide) répondent à toute heure.
D’autres signes imposent aussi de consulter vite : une hypertension artérielle mal contrôlée (maux de tête violents, bourdonnements, vision trouble), des convulsions, une douleur oculaire avec baisse de la vue (glaucome aigu), des ecchymoses ou saignements inhabituels, ou encore une confusion avec grande fatigue et nausées, qui peut révéler un taux de sodium trop bas, surtout chez les personnes âgées. Une éruption cutanée avec gonflement du visage évoque une réaction allergique.
Effets secondaires à l’arrêt : le syndrome de sevrage

La venlafaxine est l’un des antidépresseurs dont l’arrêt est le plus souvent mal supporté, car elle s’élimine vite de l’organisme. Le syndrome de sevrage apparaît en quelques jours après une baisse de dose ou un oubli, avec des vertiges, des nausées, des sueurs, des maux de tête, une anxiété, une irritabilité, des troubles du sommeil et parfois des sensations de décharge électrique dans la tête. Ces symptômes ne signent pas une dépendance au sens classique, mais ils peuvent être très pénibles.
L’erreur classique : sauter des gélules LP
Un oubli de quelques prises suffit à déclencher des vertiges et des « décharges ». Si cela arrive, reprenez le schéma habituel et parlez-en au médecin ou au pharmacien. Ne doublez pas la dose pour rattraper.
Pour éviter ce syndrome, l’arrêt doit être progressif, sur plusieurs semaines, selon un calendrier fixé par le médecin. Si les symptômes sont trop forts, on remonte au palier précédent puis on descend plus lentement. L’ANSM rappelle que ce schéma doit être personnalisé et jamais improvisé.
Comment limiter les effets indésirables au quotidien ?
Quelques ajustements simples soulagent beaucoup de patients. Prendre la gélule LP à heure fixe, au cours d’un repas, avale-la entière sans l’ouvrir ni la mâcher, pour conserver la libération prolongée. Boire régulièrement aide à compenser la sécheresse de la bouche et les sueurs, et une alimentation fractionnée limite les nausées.
Contre l’insomnie, une prise le matin est généralement préférée, avec des horaires de coucher réguliers et peu d’écrans le soir. En cas de somnolence ou de vertiges, la prudence s’impose au volant et avec les machines, surtout les premiers jours. L’alcool est déconseillé : il accentue la somnolence et brouille l’effet du traitement. Une prise de tension régulière, à domicile ou en pharmacie, permet de repérer une hypertension avant qu’elle ne s’installe.
Précautions, contre-indications et interactions à connaître
La venlafaxine est contre-indiquée en cas d’allergie à la molécule, d’hypertension non contrôlée et en association avec les IMAO (inhibiteurs de la monoamine oxydase), avec un délai de plusieurs jours à respecter entre les deux traitements. Une prudence particulière s’impose en cas d’antécédents cardiaques, d’épilepsie, de glaucome, de trouble bipolaire ou de troubles hépatiques et rénaux.
Côté interactions, il faut citer les triptans, le tramadol, le lithium, le linézolide et le millepertuis, qui augmentent le risque de syndrome sérotoninergique. Les anti-inflammatoires et les anticoagulants majorent quant à eux le risque de saignement. Avant toute automédication, y compris avec des plantes ou des compléments, demandez conseil à votre pharmacien.
Grossesse, allaitement et populations à risque

Pendant la grossesse, la décision se prend au cas par cas avec le médecin : une dépression non traitée comporte aussi des risques. La venlafaxine peut augmenter la tension de la future mère et, en fin de grossesse, provoquer chez le nouveau-né des symptômes d’adaptation (agitation, difficultés respiratoires ou alimentaires) qui justifient une surveillance. N’arrêtez jamais seule le traitement si vous découvrez une grossesse : parlez-en d’abord à votre médecin.
Pour l’allaitement, la molécule passe dans le lait maternel. La poursuite est parfois possible sous surveillance du bébé, mais l’avis du médecin ou de la sage-femme reste indispensable. Chez les personnes âgées, le risque d’hyponatrémie et de chute justifie une posologie prudente et des contrôles réguliers. Chez les moins de 25 ans, le suivi rapproché des premières semaines est la règle.
Pour toute question sur votre traitement, la notice, le Vidal et les recommandations de l’ANSM restent les références, mais seul votre médecin peut adapter la posologie à votre situation.







1 Commentaire
[…] médicaments sédatifs entrent aussi en jeu : somnifères, certains antidépresseurs (voir les effets secondaires de la venlafaxine), antihistaminiques, neuroleptiques. Signalez toujours au médecin et au pharmacien tout ce que […]